104| Le café des poètes disparus | 104
Kévin
: Daria, t'es une fille, pas vrai ?
Daria : Pourquoi, t'as un examen de biologie aujourd'hui ?
Kévin : Dis voir, pourquoi est-ce que je devais m'intéresser
à Shakespeare et à ce type, là, Hamlet ?
Daria : Ah, toi. Ca te concerne. Dans Hamlet aussi y'a un crâne vide.
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M. O'Neill : Bien, je propose que nos fassions tout pour que le rêve
de Daria devienne réalité.
Daria : Vous voulez dire, le rêve où tous les gens dans la rue
se transforment en torches humaines ?
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Jane : Tu t'y connais en réanimation ?
Daria : Un peu, j'ai fait un massage cardiaque à Quinny, une fois.
Jane : Et ça a marché ?
Daria : Elle en avait pas besoin.
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Jane : 5 dollars pièce, on se serait ramassé une centaine de
dollars
Daria : Ouais, et il suffisait juste qu'on supprime une vie humaine.
Jane : Il faut toujours que tu voies le mauvais côté des choses,
toi.
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Daria : Je tiens vraiment à ce café, un café pour tous
les jeunes, mais vendre du chocolat c'est au-dessus de mes forces. J'ai l'impression
de me sentir souillée.
Jane : Et pas souillée comme on aime l'être !
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Daria : Ce soir, je vais vous lire un nouveau texte, que j'ai intitulé
"Quand le futur nous colle au train".
En tant qu'étudiants fixant l'avenir qui s'étend devant nous,
nous avons des choix à faire : comment nous préparer au futur.
Mélody Power, elle, savait déjà quelle serait sa voie.
Comme elle vérifiait une dernière fois son Holster et sa cartouchière,
elle pensait déjà à tous les communistes qu'elle exécuterait
ce soir-là. Mélody ne se faisait aucune illusion : ça
n'était pas à elle seule qu'elle endiguerait la marée
rouge. Mais cela ne l'empêchait pas de sourire. Quel agent spécial
pouvait résister à l'opportunité d'envoyer quelques bolcheviques
au cimetière ?
Alors que Mélody se dorait au soleil de la Baie de Rio, elle fit un
rapide retour sur les quatre derniers jours avec une certaine satisfaction
: douze Russes descendus, quatre Chinois éliminés, trois ou
quatre de ces sales Cubains, la démocratie avait à nouveau remporté
une victoire. Elle pensait à cela en regardant Tonio qui somnolait
sur le sable. La démocratie était en sûreté. Enfin,
presque en sûreté. Mélody épousseta négligemment
quelques grains de sable, rattacha le haut de son maillot et fouilla dans
son sac de plage. Tonio n'entendit rien, et c'en est était presque
triste, parce que Tonio n'entendrait plus jamais rien. "A bientôt,
on se reverra en Enfer", pensa-t-elle en se levant calmement, "J'aurais
pu t'aimer si tu n'avais pas été aussi rouge que le sang qui
commence à teinter le sable autour de toi". Mélody retourna
nonchalamment jusqu'à son hôtel. Il y avait un message, sûrement
le Quartier Général. Avec un peu de chance elle pourrait prendre
une douche.